Par Luc Caron, MBA, Adm.A., Conseiller en management certifié.
Guide pratique pour dirigeants, gestionnaires et responsables de la planification stratégique
La planification stratégique est souvent un moment charnière dans la vie d’une organisation. Pourtant, malgré les meilleures intentions, de nombreuses démarches échouent à produire un réel impact, non pas par manque de rigueur, mais à cause d’erreurs récurrentes et évitables. À partir de mon expérience, je présente les 7 pièges les plus fréquents qu’il faut éviter dans une planification stratégique, et surtout, comment les contourner.
Confondre un plan d’action avec une véritable stratégie

Dirigeant tombé dans un des 7 piège d’une planification stratégique
C’est sans doute l’erreur la plus fondamentale. Un plan d’action liste des tâches à accomplir ; une stratégie répond d’abord à la question « quels sont nos véritables enjeux ? » avant de déterminer comment y répondre. Sans un diagnostic rigoureux des enjeux internes et externes (marché, concurrence, capacités organisationnelles, tendances), on risque de bâtir un échafaudage d’actions déconnectées des vrais défis de l’organisation. Résultat : beaucoup d’activité, peu d’impact stratégique réel.
À retenir : une stratégie précède l’action — elle établit « pourquoi » et « quoi’, avant le « comment ».
L’absence d’une vision claire et inspirante
Sans vision forte, une organisation navigue à vue. La vision doit donner un sens au travail collectif et une direction claire à long terme. Trop souvent, elle est soit absente, soit réduite à une formule générique qui ne mobilise personne.
Une vision efficace doit être :
- Claire: facilement compréhensible par tous
- Inspirante : elle donne envie de s’investir
- Distinctive: elle reflète l’identité unique de l’organisation
Des objectifs flous, irréalistes ou sans indicateurs (KPI)
Un objectif sans cible mesurable n’est qu’un souhait. « Améliorer notre performance » n’est pas un objectif c’est une intention. Un objectif stratégique doit être assorti d’indicateurs clairs (KPI) permettant de mesurer les progrès et le succès.
Bonnes pratiques :
- Utiliser une méthode de formulation rigoureuse (type SMART)
- Définir des cibles chiffrées et des échéances précises
- Prévoir dès le départ les indicateurs de suivi
Confondre objectifs et pistes d’action dans la formulation
Cette erreur de structure est fréquente et crée beaucoup de confusion : on mélange le « quoi atteindre » (objectif) avec le « comment y arriver » (moyens ou pistes d’action). Cette confusion nuit à la clarté du plan et complique le suivi, car on ne sait plus si l’on mesure un résultat ou une activité.
Astuce de formulation :
- un objectif s’exprime en résultat visé : « augmenter la rétention de clientèle de 15 % », tandis qu’une piste d’action décrit un moyen pour y parvenir : « mettre en place un programme de fidélisation ».
L’absence de suivi et de stratégie mise en œuvre
Un plan stratégique, aussi bien conçu soit-il, ne vaut rien sans un mécanisme de mise en œuvre rigoureux. Trop d’organisations investissent temps et énergie dans l’élaboration du plan, puis le laissent dormir dans un tiroir.
Éléments essentiels d’un bon suivi
- Un tableau de bord de gestion (dashboard) avec des indicateurs
- Des rencontres de suivi périodiques (trimestrielles, par exemple)
- Une reddition de comptes claire auprès du conseil d’administration ou des parties prenantes
- Une flexibilité pour ajuster le plan en cours de route
Le manque d’implication des équipes et des parties prenantes
Une stratégie élaborée en vase clos, sans consultation des employés, du conseil d’administration, des actionnaires ou des partenaires clés, a peu de chances d’être adoptée et déployée avec succès. L’adhésion se construit « pendant » le processus, pas après coup.
Pourquoi c’est critique ?
- Les équipes qui participent à l’élaboration se sentent davantage responsables de sa réussite
- La consultation révèle souvent des enjeux ou des aspects invisibles pour la direction
- Le sentiment d’appropriation collective facilite grandement la mise en œuvre
Une formulation trop complexe et difficile à communiquer
Une stratégie ambitieuse qui embrasse trop de priorités à la fois devient impossible à communiquer et donc impossible à exécuter. Les textes de mission, de vision et des orientations doivent être simples, courts et mémorables. Le cerveau a du mal à retenir des phrases de plus de quinze mots. Ce qui est déjà trop à mon avis !
Signes d’alerte !
- Personne dans l’organisation n’est capable de réciter la mission de mémoire
- Le plan stratégique compte une 7 ou 8 orientations ou plus

Homme d’affaires qui tente de traverser un mur (obstacle)
- Les employés ne comprennent ou ne visualisent pas comment leur travail quotidien contribue à la stratégie
Règle d’or
- Si un employé ne peut pas résumer votre stratégie en une phrase, elle est probablement trop complexe.
Bonus : négliger la préparation des consultations en contexte de changement
Dans les démarches de planification stratégique qui impliquent un changement important, la qualité des consultations est déterminante et souvent négligée. Deux erreurs reviennent fréquemment :
- Présenter trop d’information, trop vite
- Submerger les participants avec un diagnostic complexe sans leur laisser le temps de l’intégrer, de le questionner et de le valider mène à un rejet ou à une adhésion superficielle. Il faut prévoir des moments de digestion et de dialogue, pas seulement de présentation.
- Négliger les conditions logistiques de la rencontre
- Cela peut sembler secondaire, mais c’est déterminant : réunir un trop grand nombre de participants dans une salle trop petite, bruyante, mal éclairée, avec une disposition qui ne favorise pas les échanges, tue littéralement la qualité de la discussion. Un cas vécu illustre bien ce piège, l’inconfort physique et le manque d’espace pour interagir peuvent saboter des heures de préparation stratégique
Bonnes pratiques pour des consultations réussies
- Adapter le nombre de participants à la taille et à la configuration de la salle
- Prévoir une disposition favorisant les échanges (îlots, cercles, tables rondes)
- Fractionner l’information en segments digestes avec des temps d’échange
- Prévoir plusieurs sessions si le sujet est complexe ou sensible
Conclusion : pourquoi l’accompagnement fait toute la différence
La planification stratégique est bien plus qu’un exercice de rédaction c’est un processus organisationnel qui engage la mobilisation des équipes, du conseil d’administration, des actionnaires et des partenaires. La qualité de ce processus a un impact direct sur la portée du plan, l’adhésion des parties prenantes et, ultimement, le succès de sa mise en œuvre.
Un accompagnement structuré permet d’éviter ces pièges courants, de poser les bonnes questions au bon moment, et de transformer cet exercice en véritable levier de mobilisation et de performance organisationnelle.
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